Écrire un hommage
Il n'existe pas de bonne longueur pour un texte d'hommage, et personne ne vous demandera de bien écrire. Ce qui compte, c'est que les mots soient les vôtres et qu'ils disent quelque chose de vrai. Les quelques repères ci-dessous aident surtout à commencer, quand la page reste blanche depuis une heure.
Partir d'un souvenir précis
La tentation première est d'établir une liste de qualités : généreux, courageux, toujours présent. Ces mots sont justes, mais ils pourraient convenir à beaucoup de monde, et c'est ce qui les rend fragiles. Une scène unique dit davantage : la cuisine à six heures du matin, le vélo réparé trois fois, la manière qu'avait la personne de finir ses phrases par un haussement d'épaules.
Cherchez un moment ordinaire dont vous vous souvenez avec netteté, même s'il vous paraît minuscule. Si vous hésitez entre plusieurs, prenez celui qui vous serre un peu la gorge : c'est celui-là qui touchera les autres.
Une idée par phrase
Les phrases longues se cassent quand on les lit à voix haute, et un texte d'hommage est presque toujours lu à voix haute, par vous ou par quelqu'un d'autre. Une idée, un point. Le rythme court laisse respirer celui qui lit et ceux qui écoutent.
Évitez les formules toutes faites — « parti trop tôt », « il restera dans nos cœurs », « une étoile de plus ». Elles rassurent celui qui écrit, mais elles glissent sur ceux qui écoutent, parce qu'ils les ont déjà entendues ailleurs. Dites plutôt ce que vous perdez concrètement : un coup de téléphone du dimanche, une odeur de cirage, une place à table.
N'hésitez pas à écrire à la première personne et à vous adresser directement à la personne disparue si cela vient naturellement. Ce n'est pas un discours officiel.
Relire à voix haute, faire relire
Lisez votre texte debout, à voix haute, comme si la salle était là. Les passages où vous butez sont ceux qu'il faut simplifier : un mot trop savant, une répétition, une inversion. Vous entendrez aussi les endroits où l'émotion monte, et vous pourrez prévoir une respiration avant.
Faites ensuite relire par un proche, de préférence quelqu'un qui connaissait bien la personne. Il vous dira si un souvenir manque, ou si une phrase risque de blesser quelqu'un dans la famille. Laissez passer une nuit si vous en avez le temps ; le texte du lendemain est souvent plus juste.
Trois exemples courts
Ces textes sont écrits pour des personnes imaginaires. Ils ne sont pas des modèles à recopier, seulement une idée du ton possible.
Il se levait avant tout le monde pour ouvrir les volets, même les jours où il n'y avait rien à faire. C'est à cette heure-là que nous parlions, tous les deux, sans déranger personne. Merci pour ces matins.
Pendant vingt-huit ans, elle a laissé sa porte entrouverte. On entrait, on s'asseyait, on repartait avec quelque chose du jardin. La rue sera plus longue à remonter sans sa lumière allumée.
Nous nous étions connues à seize ans, dans un couloir de lycée, et nous n'avons plus cessé de nous téléphoner le dimanche. Il me reste sa voix et cette habitude. Je garderai les deux.
Un texte court peut aussi être diffusé
Les mots que vous venez d'écrire peuvent servir deux fois. Lus à la cérémonie, ils s'adressent à ceux qui sont présents. Accompagnés de quelques photographies et diffusés sur la télévision locale à la date des obsèques, ils atteignent aussi ceux qui n'ont pas pu venir.
Là encore, rien n'est réécrit : le texte transmis par la famille conserve ses mots et sa ponctuation.